CONSEIL - FORMATION - COACHING

Doit on changer une équipe qui gagne ?

Par Jean-Michel PHILIPPON

Vous êtes sélectionneur sportif, chef d’équipe, manager ou dirigeant d’entreprise et vous savourez la réussite de votre équipe qui vient de gagner le trophée, de remporter le contrat, de réussir sa mission, et d’atteindre les objectifs fixés.

En tant que responsable d’équipe vous êtes fier de cette victoire, dont une part non négligeable vous revient, grâce à vos compétences de leader qui ont fait de vous une des clés essentielles de la réussite.

Fort de ce succès, vous avez en charge, pour une nouvelle période, de repartir vers de nouveaux objectifs toujours plus ambitieux. Vous avez également la responsabilité de composer votre équipe avec les membres de votre choix.

Inévitablement une petite voix vient murmurer à votre oreille cet adage :
« On ne change pas une équipe qui gagne ! »

Cette expression remplie à la fois de sagesse et de vérité basique reconnue par une majorité, vous ouvre la voie d’une stratégie des plus simples ; on prend les mêmes et on recommence.

Avant de vous laissez entraîner vers cette évidence toute naturelle, teintée de prudence et de superstition, il est souhaitable que vous vous posiez quelques questions préalables.

En tout premier, vous devrez analyser les causes essentielles de la réussite obtenue et de la part qui incombe directement à l’équipe et à sa composition.
A l’heure de la victoire sportive, les joueurs et tout le staff se regroupent au centre du terrain, et s’enlacent en une masse joyeuse portant le plus haut possible le fameux trophée. Ce sont eux qui ont gagné, pas les autres !
A l’heure de la signature du contrat, c’est toute l’équipe qui est conviée par le directeur pour partager le verre de la victoire. La réussite collective explose à la vue de tous au rythme des bulles de champagne dans les verres qui s’entrechoquent.
A ces instants de joie partagée, le doute n’est pas présent, c’est bien cette équipe qui à gagné et par conséquence chacun de ses membres individuellement. D’ailleurs si le chef d’équipe sait assumer sa responsabilité de véritable leader, au cours de son discours, il n’oubliera personne dans sa liste exhaustive de remerciements à tous les membres sans qui le projet n’aurait pu aboutir.

Une fois le stade vide et les verres bien rangés, une analyse profonde et détaillée de la réussite s’impose.
Quelles ont été les principales raisons du succès ? Et dans quelles proportions ?

La réussite d’une équipe peut avoir de multiples origines. La qualité des membres de l’équipe en est une des composantes principales, mais ce n’est pas la seule. Le monde du sport collectif nous a fait depuis longtemps la démonstration qu’une simple addition de bons joueurs ne fait pas obligatoirement une bonne équipe.

De nombreux éléments entrent en action dans la réussite d’une équipe. Parmi les principaux nous pouvons citer son organisation, son fonctionnement, sa cohésion, ses valeurs, son engagement, sa vision, sans oublier bien sûr le rôle primordial de son chef et de son leadership.
D’autres éléments externes peuvent venir interférer positivement ou négativement dans la réussite. Le contexte, l’environnement, la réglementation, le marché et quelque fois le hasard peuvent être des freins ou des accélérateurs de réussite.

En retraçant l’historique aboutissant à la victoire, chacun de ces éléments doit être analysés afin d’en identifier sa pondération dans l’obtention du trophée final.

Quels ont été les véritables artisans de la victoire ? Quels sont les éléments sans lesquels cette équipe n’aurait eu aucune chance de réussir ?

A ces questions les réponses sont ni simples ni évidentes.

Etudier les raisons d’un échec afin d’en retirer un enseignement, semble des plus naturels.
Le goût amer de la défaite pousse à être plus vigilant sur le « pourquoi en sommes nous arrivés là ? » Alors que le goût sucré de la victoire pousse à la satisfaction, voir à l’autosatisfaction et à croire que
« si nous avons gagné, c’est que nous sommes les meilleurs ! »

Après avoir effectué l’analyse complète des éléments constitutifs de la réussite, le responsable aura une vue d’ensemble plus objective de la part réellement prise par la composition même de cette équipe.

Si les résultats de l’analyse révèlent que certains éléments, autres que la composition même de l’équipe, ont été déterminants dans la réussite, le responsable devra en relativiser les effets.

C’est une analyse dont les résultats sont difficilement avouables par le responsable à son équipe et encore moins au monde extérieur.
Imaginez un responsable tenant le discours suivant :
« Nous avons gagné, mais nous y sommes pour rien car sachez que les conditions étaient telles que n’importe qu’elle autre équipe aurait pu également remporter cette victoire à notre place.»

Si le responsable ne peut tenir un tel discours, il sait néanmoins discerner la valeur réellement prise par la composition de son équipe dans cette réussite, au sein de laquelle lui-même est une pièce maîtresse.

A l’aube de nouvelles aventures, le responsable ne devra pas céder a cette douce tentation de ne pas changer cette équipe, puisqu’au fond ce n’est pas vraiment elle qui a gagné.

Sa responsabilité devra l’engager vers une restructuration de son équipe, afin d’en retirer une véritable plus value intrinsèque, seule garantie d’une prochaine victoire collective.

Si l’analyse de la réussite révèle que ce sont bien les qualités individuelles de chaque membre ainsi que leur capacité à travailler ensemble, qui ont été la clé du succès, alors oui, le responsable peut partager collectivement cette réussite, dans laquelle chacun a tenu un rôle essentiel.
A l’image d’une chaîne, chacun aura été un maillon indispensable à la victoire.

Doit-il pour autant envisager une reconduction à l’identique de cet ensemble de compétences ?

En tant que Coach, je pense qu’il n’est pas souhaitable, dans la mesure des possibilités offertes au chef d’équipe ou au dirigeant, qu’ils se limitent à cette seule stratégie du « non changement » comme gage de réussite.

Manager une équipe n’est pas du domaine du compliqué mais du domaine du complexe. C’est la dose d’incertitude et d’instabilité qui fait passer d’un domaine à l’autre.
Cette équipe qui a gagné aujourd’hui est la meilleure….. mais la meilleure d’aujourd’hui.

Les conditions d’une nouvelle victoire pour demain ne seront plus les mêmes.
« On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau du fleuve » dit le proverbe.
Demain tout sera différent, le contexte, l’environnement, le marché, la concurrence, etc.
L’équipe, sans en changer ses membres, ne sera plus la même, tout simplement par le fait qu’elle aura déjà gagné.

Pourquoi se limiter à reconduire ce qui a déjà marché, alors que la réussite même d’aujourd’hui a été le fruit d’une nouveauté et d’une prise de risque ?
Le confort et la facilité du non changement peut mettre plus en péril l’équipe qu’il n’y parait.

Au sein de cette équipe, chaque membre aura vécu cette victoire avec une approche personnelle différente. Certes appartenir à l’équipe qui remporte le contrat ou le trophée fait grandir l’estime de soi. Mais chaque membre aura-t-il la même motivation demain à repartir dans le même bateau ? Certains n’auront-ils pas envie de voir d’autres mers et de faire profiter de leur expérience à d’autres aventuriers ?

Le rayonnement obtenu par cette équipe victorieuse va attirer sans nul doute de nouveaux membres à venir participer à l’aventure.
En tant que responsable d’une équipe, vous devez l’amener chaque jour vers plus de performance. Vous devez profiter de la dynamique du succès pour recomposer votre équipe avec des nouveaux membres motivés qui sauront bénéficier de l’intelligence collective transmise par les anciens, qui à leur tour iront voguer vers d’autres horizons.

L’équipe deviendra alors une entité propre avec une performance sans cesse renouvelée.

Le monde d’aujourd’hui est dans un perpétuel changement au rythme de plus en plus rapide.

Pour être parmi les meilleurs il faut continuellement reconstruire les équipes.

La force de la stabilité doit céder la place à la dynamique du changement.

Alors oui, il faut changer une équipe qui gagne,
car une équipe qui gagne est une équipe qui sait changer !

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