CONSEIL - FORMATION - COACHING

Le management du monde d’après.

Par Jean-Michel PHILIPPON

En 1968, une tempête venait secouer notre société. Sur les murs de la Sorbonne, les manifestants écrivaient ce slogan devenu célèbre : « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! » Cette tempête, tout le monde la ressentait. Certains s’y opposaient, d’autres s’en grisaient et quelques-uns en profitaient. Personne ne pouvait ignorer cette force, ce mouvement inéluctable. La révolte n’était pas de surface, l’exigence de changement venait de la profondeur des rêves de ceux qui criaient en bas.

Aujourd’hui c’est la crise sanitaire qui est venue condamner à jamais l’ancien monde. L’exigence ne vient plus de la profondeur des rêves, mais bien d’une réalité qui vient de nous frapper en plein coeur.

Nos entreprises et nos organisations vivent aujourd’hui les dernières heures d’un management rejeté par la majorité de ceux qui le subissent et par un grand nombre de ceux qui l’imposent encore, par automatisme ou par mimétisme, mais avec de moins en moins de conviction.

Dirigeants, managers, vous sentez le vent tourner ? Le vieux management est derrière vous !

Le management du commandement, du contrôle, de la carotte, et du bâton. Le management du cloisonnement, de la défiance et de la pression hiérarchique. Ce souffle de liberté n’est pas la brise d’un jour, mais le vent fort d’un changement profond et irréversible de la manière de diriger, de manager, et de mener les équipes.

Il est temps de prendre conscience que ce changement est inéluctable. Repousser cette prise de conscience pour « conserver » les habitudes et les anciens comportements, ne pourra qu’engendrer encore plus d’incongruences, de frustrations et de malaises.

Le management ne peut rester figé plus longtemps. Notre société aspire à ce que le travail soit un lieu de développement et d’épanouissement pour tous. Dans nos entreprises, le management ne doit plus être la raison principale du malaise au travail et des démissions successives.

Le management ne peut plus reproduire continuellement les processus, les règles et les objectifs inventés il y a des dizaines d’années. Le management de demain a l’ambition de servir des causes plus grandes que celles de la performance économique et de la rentabilité financière. Il est urgent de prendre conscience que le management doit donner vie à des motivations et des responsabilités plus fondamentales, pour le bien-être dans nos entreprises comme dans notre société.

Les craintes d’accepter cette mutation managériale, pourtant inévitable, proviennent le plus souvent de la méconnaissance et de l’incompréhension du nouveau système d’organisation qui va émerger de ce bouleversement. Pour les dirigeants et les managers, les peurs sont animées par la perte de leur identité, de leur pouvoir, de leur statut et de leur raison d’être, construits durement au fil des ans. Le plus souvent ils ne voient pas leur place, leur rôle et leur création de valeur dans le monde de demain. Après le temps nécessaire à la prise de conscience, vient celui de la science pour oser devenir acteur du changement et de son propre changement.

Courir pour échapper à l’ancien monde, oui, mais pour aller où, comment et avec qui ?

Pour aller vers ce nouveau monde du management, nos dirigeants et nos managers ont besoin de savoir où ils vont mettre les pieds. Ils n’osent pas se projeter dans un avenir qui va bousculer leurs habitudes, leurs comportements, leurs privilèges, leurs croyances et beaucoup leur ego.

Dans cette mutation managériale ils ne sont pas simplement concernés, ils sont impliqués et ils doivent en être les acteurs principaux. C’est par eux que cette transformation pourra avoir lieu. Dans ce nouveau paradigme managérial où l’intelligence collective doit naître, ils ont un rôle majeur à jouer et une place de premier rang à tenir.

Mais comment peuvent-ils organiser eux-mêmes leur propre déconstruction ? Comment accepter de scier la branche sur laquelle ils se sont hissés pour mieux diriger et contrôler ? Comment accepter une nouvelle configuration du travail qui fragilise leur statut, leur pouvoir et leur autorité ?

Il s’agit ici de mettre en œuvre une délicate reconstruction identitaire au sein d’un nouveau paradigme.

Afin que cela se passe au mieux, les dirigeants et les managers doivent trouver des lieux et des espaces dans lesquels ils pourront, en toute sécurité, lâcher prise et oser prendre.

  • Lâcher prise sur la méfiance systématique, pour oser faire confiance de façon inconditionnelle.
  • Lâcher prise sur le pouvoir et le commandement, pour engendrer autour d’eux de l’autonomie et de la motivation.
  • Lâcher prise sur l’autorité et le contrôle, pour découvrir la puissance de l’humilité et de l’abnégation.
  • Lâcher prise sur la rigidité des procédures, pour laisser émerger créativité et engagement.
  • Lâcher prise sur leur toute-puissance, pour accepter de dévoiler leur vulnérabilité et agir avec authenticité.
  • Enfin, lâcher prise sur leur posture égotique, pour servir la dynamique de la coopération et de l’intelligence collective.

Aujourd’hui la science nous apporte des solutions pour créer en toute sécurité ces espaces nécessaires de réflexion, de compréhension, d’expérimentation et d’appropriation.

Les neurosciences nous éclairent sur le fonctionnement de notre cerveau, sur son potentiel mais aussi sur ses biais et ses limites. Les neurosciences nous donnent des outils pour mieux adapter nos comportements et mieux comprendre leurs impacts sur les autres.

Les derniers développements en intelligence collective nous fournissent les clés pour dépasser les limites d’un simple groupe d’individus et atteindre des objectifs ambitieux. Ils nous permettent d’initier la transformation d’une collection d’intelligences en une intelligence collective.

L’approche systémique nous aide à clarifier les problématiques des systèmes complexes et à générer des solutions innovantes. Elle permet d’évoluer plus efficacement et plus sereinement avec l’incertitude, l’imprévisibilité et la complexité inhérentes à toute entreprise actuelle.

Les réussites de demain seront collectives.

La force du collectif et le « savoir travailler ensemble », sont de vrais défis pour nos organisations et nos entreprises. Mais chez l’humain, la puissance du groupe ne se met jamais en œuvre de façon naturelle et spontanée comme chez de nombreux animaux, oiseaux ou insectes.

Dirigeants et managers, le nouveau management ne vous impose pas de scier la branche sur laquelle vous êtes depuis longtemps, mais tout simplement de descendre de l’arbre. Descendre pour mieux écouter, mieux comprendre, mieux communiquer, mieux inspirer et mieux motiver. De toute façon, les pyramides dans nos organisations, vont, petit à petit, s’aplatir voire disparaître. Autant commencer au plus tôt à reprendre goût avec le terrain et renouer un contact authentique avec ceux qui y travaillent.

La transformation doit se faire dans la compréhension des enjeux sociétaux qui viennent reconfigurer la façon de travailler ensemble. Là est la prise de conscience.

Il doit se faire également dans la compréhension des mécanismes psychologiques, comportementaux et neuronaux qui animent l’être humain au travail pour donner le meilleur de lui-même.

Jean-Michel PHILIPPON – Extrait de « la nouvelle vie des managers » Edition Géréso

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