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L’entreprise libérée : Gardez l’esprit, jetez la lettre !

Par Jean-Michel PHILIPPON

A business man struggling to make a connection with chain links

Brillante comme un miroir aux alouettes, l’entreprise libérée attire tous les regards des acteurs en recherche d’un nouveau mode de management.

Est-elle enfin la solution miracle aux nombreux dysfonctionnements rencontrés dans nos entreprises ?

Ma réponse : Oui et non.

Est-elle une réelle avancée ou bien un piège ?

Ma réponse : Elle peut être les deux.

Oui, elle est une solution et une avancée dans le sens où l’entreprise libérée donne une direction vers laquelle chaque entreprise devrait tendre.

Cette direction se caractérise par les aspects fondamentaux suivants :

  1. La prise de conscience que le management est potentiellement générateur de performances mais aussi de toxicités.
  2. La conviction que le management est à la fois fragilisé par le contexte actuel et constitue aussi le principal levier d’innovation et de progrès.
  3. La certitude que les notions de pouvoirs hiérarchiques font partie d’un passé révolu.
  4. L’évidence que la réussite d’une entreprise est toujours issue d’une réussite humaine.
  5. La reconnaissance des besoins actuels d’autonomie, de responsabilité, de confiance, et de sens donné au travail effectué.

Non, elle n’est pas une solution et pourrait même se révéler comme un véritable piège dans le cas où l’entreprise libérée deviendrait un modèle à reproduire.

L’entreprise libérée ne peut pas être un modèle, pour trois raisons :

  1. La première est que la libération de l’entreprise passe justement par sa capacité à trouver elle-même ses propres solutions. Elle doit, de ce fait, s’affranchir de toutes dictatures modélisantes trop souvent caricaturées par les médias. En fonction de ses particularités propres et de son contexte, elle doit savoir arrêter ses automatismes pour construire une vision souvent perdue. Chaque entreprise doit apprendre à se libérer elle-même de ce qui l’entrave. La libération est donc à construire et non à copier.

La première libération de l’entreprise est qu’elle puisse trouver elle-même son propre chemin.

  1. La deuxième raison est que la libération de l’entreprise ainsi que son processus ne peuvent pas être dictés et préconstruits par le sommet d’une pyramide, qui ne ferait alors pas confiance à sa base pour trouver elle-même les raisons et les moyens de se libérer. L’innovation doit être au cœur de la libération. Comment prôner l’agilité et la créativité en reproduisant des processus déjà créés par d’autres ? Les chemins choisis par les pionniers comme Favi ou Chronoflex ne seront pas ceux de votre entreprise. Chacun met dans son processus de libération sa propre pertinence d’interprétation, qui ne doit pas induire ni parasiter celle des autres. Libérer l’entreprise, c’est libérer l’ensemble de ses acteurs. La libération ne doit pas être sélective, elle doit être au service de tous, y compris au service des managers. Personne ne doit se sentir inutile voire indésirable dans ce processus de libération.

La deuxième libération est l’instauration d’une confiance mutuelle entre l’ensemble des acteurs.

  1. La troisième raison est que l’entreprise doit savoir conserver son unicité, son histoire, son savoir faire, sa propre richesse. Le risque d’une libération « standardisée » et « imposée » serait une véritable perte d’identité. Se libérer c’est avoir le choix de garder ce qui marche, ce qui a été construit de positif, tout ce qui fait que votre entreprise n’est pas une entreprise comme les autres. Se libérer c’est aussi avoir le choix de dire stop à tout ce qui peut freiner, alourdir ou parasiter une dynamique collective. Chaque entreprise n’a pas à se libérer des mêmes freins. Certaines sont freinées par un management toxique, d’autres par une hiérarchie étouffante, mais aussi par des règles dépassées, des processus improductifs, un manque de confiance, une vision floue, des stratégies inadaptées, une perte de gouvernance, etc.  Les acteurs de l’entreprise connaissent en général très bien où se situent les freins de leur dynamique. Enfin, se libérer c’est se donner le temps de regarder, de réfléchir et de tester ce qui n’a pas encore été fait. La troisième libération de l’entreprise consiste en sa capacité à se reconnaître, c’est-à-dire à naître de nouveau ensemble (Re Co Naître). La libération doit prendre en compte le passé, le présent et le futur de l’entreprise. L’entreprise doit faire de sa libération, une page unique de son histoire qu’elle doit inscrire dans un continuum de sens et non dans un processus de rupture.

La troisième libération est l’ouverture d’un champ d’opportunités le plus large possible.

En résumé, je dirais que la libération d’une entreprise doit être unique, collective, créative et respectueuse.

Pour se libérer, l’entreprise ne doit surtout pas s’enfermer dans des guides de procédures standardisées, au risque, comme l’alouette, de perdre vie par l’éblouissement des libérations réussies.

L’entreprise libérée doit être un esprit et non une lettre, une direction et non une destination.

Jean-Michel PHILIPPON

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